mar 13 21

Chypre
Danse sur un volcan

En introduction de cette note je reprends une extrait de la déclaration du leader de Syrisa, publiée sur le site du Parti de Gauche, parce qu’elle donne un autre éclairage de ce qui est en train de se jouer à Chypre. J’en profite pour remercier l’équipe de traducteurs et de traductrices du Parti de Gauche qui nous permet de rappeler que notre opposition à l’Europe libérale se fait sur les bases d’un internationalisme émancipateur. Ma note se poursuit par une analyse des responsabilités qui ont conduit à cette crise pour alerter sur les risques encourus si nous laissons les mêmes aux commandes de l’Europe… Ce sont véritablement des apprentis sorciers qui ne nous conduisent pas seulement au désastre mais à l’abîme… Pour paraphraser Jaurès le capitalisme financier imposé par Mme Merkel porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage…

Déclaration d’Alexis TSIPRAS sur Chypre, président du groupe parlementaire SYRISA-USF en Grèce :

« Il est clair que les dirigeants européens sont désormais engagés sur une voie ouvertement orientée contre les peuples d’Europe. La stratégie du gouvernement allemand, soutenue en Europe par le capital financier spéculatif, est une stratégie de colonisation de l’Europe du Sud en général, et de la Grèce et de Chypre en particulier. Elle s’appuie principalement sur une forme d’extorsion dont la dette est le levier. Si la dette n’existait pas, ils l’auraient inventée pour pouvoir arriver à leurs fins. Qui plus est, la décision prise vendredi dernier par l’Eurogroupe met en danger la stabilité du système financier dans l’ensemble de la zone Euro. Il s’agit d’une bombe à retardement menaçant les fondements du système bancaire, non seulement à Chypre, mais partout en Europe. Cette décision doit être annulée, avant qu’elle ne cause des dommages irréversibles.  (…) La décision du Parlement Chypriote, qu’elle advienne dans quelques heures ou dans les prochains jours, sera déterminante non seulement pour l’avenir de Chypre, mais sans doute aussi pour celui de l’ensemble de la zone Euro. Un NON fier et fort du parlement chypriote à la volonté de dissoudre la République de Chypre serait en même temps un NON de tous les peuples d’Europe à l’impasse mortifère dans laquelle l’Union s’engouffre. »  (lire l’intégralité de la déclaration http://www.lepartidegauche.fr/actualites/)

Depuis on sait que le parlement Chypriote a rejeté le soi-disant « plan d’aide » proposé par la réunion des ministres des finances européens, (main dans la main avec la troïka). Que les Chypriotes refusent qu’on leur fassent les poches, qui peut être surpris ? Comment réagiriez vous si on vous annonçait que votre épargne (pour ceux qui en ont) serait confisquée par des banquiers trop heureux de pouvoir jouer au casino avec votre argent pour s’enrichir et vous faire payer l’addition si les choses tournent mal ?  J’imagine le résultat d’un tel référendum … surtout si on décrypte le plan proposé.

Pour ceux qui ont plus de 100 000 Euros de dépôt une taxe à 9,9%, pour tous les autres (de 1 à 100 000 Euros) une taxe d’un peu plus de 6,5%. (le nouveau plan propose de baisser le taux sur la tranche inférieure à 100 000 euros tout en maintenant l’idée de la taxe). Ceux qui expliqueront que les plus riches vont payer mentent. Car ceux qui ont 100 000 euros ne les laissent pas dormir sur un compte, ils les placent en titres, actions, ou tout autre produit qui ne seront pas touchés par cette taxe. Quant aux actionnaires des banques, eux, ne sont pas concernés par cette taxe alors que cette taxe est là pour leur garantir leurs revenus. Bref ce que propose la troïka n’est rien d’autre qu’un hold-up où celui qui tient le revolver c’est le banquier ! Ils sont prêts à tout même à ne pas respecter la directive européenne qui garantie pourtant les dépôts dans les banques à hauteur de 100 000 Euros !

Le plus triste c’est de voir des ministres de l’économie de la zone euro faire semblant de découvrir que Chypre est un paradis fiscal, alors que ce sont eux qui ont créé ce système qui permet à Chypre et à d’autres pays européens (dans et hors la zone euro) d’être des paradis fiscaux. Maintenant ces dirigeants vocifèrent en cadence contre les placements russes pour mieux éviter de répondre à la question à mille balles « comment une telle chose a pu arriver ? »

Car ce système bancaire a prospéré avec le consentement et les encouragements de tous ces apprentis sorciers qui ne croient qu’en la liberté totale de circulation des capitaux, et qui ne sont regardants sur l’origine des fonds que lorsque la crise survient…

Et ce n’est pas l’idée de faire payer les russes détenteurs de comptes chypriotes venus s’exonérer de paiement de toute taxe dans ce paradis fiscal… (ils ne sont pas les seuls mais là pas un mot) qui peut nous convaincre qu’ils savent ce qu’ils font…  Car en ne pointant du doigt que l’argent russe (dont on nous dit que cela représenterait tout de même de l’ordre de 30 milliards d’euros de dépôts) les laqués de Mme Merkel pourraient déclencher une crise dont les conséquences géopolitiques ne semble pas avoir été totalement mesurée…

Sinon pourquoi Poutine s’est-il senti le droit d’intervenir dans le débat européen ? Pas pour défendre la démocratie n’en déplaise à M. Depardieu…  Mais pour défendre son oligarchie et s’assurer qu’on ne touchera pas à leur rente… échange de bons procédés, eux qui soutiennent sans faille le système Poutine… puisqu’ils en vivent !

Ainsi donc Mme Merkel, qui est celle qui tire les ficelles de la politique budgétaire de l’Europe pour maintenir sa politique du mark (pardon de l’Euro) fort… à quelques mois d’élections générales en Allemagne, se retrouve à se fâcher pour des raisons d’argent avec la Russie… Pour l’instant nous en sommes aux échanges de bons procédés, chacun y allant de sa déclaration. Mais combien de temps avant que le gouvernement Russe ne ferme les vannes du gaz qui alimente l’Europe ?

Au final un habillage sera sans doute trouvé pour exonérer les fraudeurs fiscaux internationaux car il s’agit pour nos eurobéats surtout de mettre en place un nouvel outil de racket qui vise les petits épargnants. Outil testé à Chypre mais qui pourrait s’appliquer en Espagne… On comprend alors le pourquoi de la déclaration du patron de la banque centrale européenne, Mario Draggi, en réponse au vote souverain du parlement chypriote, a annoncé qu’il n’alimentera plus en euros Chypre jusqu’à ce qu’elle capitule !

Attention les épargnants chez nous ne sont pas à l’abri… d’un tel cataclysme. Car si les actifs détenus par les banques chypriotes sont 8 fois supérieurs à la richesse nationale du pays, en France, le total des actifs des banques est 4 fois supérieur à la richesse créée sur une année ! Les vents d’un volcan islandais avaient bloqué l’espace aérien européen durant plusieurs jours, le volcan chypriote aura des retombées bien au delà de ses frontières…

Jusqu’où croyez vous que les peuples accepteront l’inacceptable ? Jusqu’à quand devrons-nous supporter ceux qui nous proposent, comme solution à la crise, de commettre toujours plus de crimes ? Ne serait il pas temps de virer ceux qui prétendent construire l’Europe contre les peuples ?

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