mai 13 01

Manifestons les 1er mai et 5 mai
Contre cette violence faite aux salariés !

Une partie de la lutte sociale se joue dans l’appropriation des mots eux-mêmes. Il en va du mot « violence » comme du reste au moment où en ce 1er mai 2013 les salariés et leurs organisations syndicales subissent un reniement de plus d’un gouvernement qui exige des députés de sa majorité qu’ils rejettent la loi « d’amnistie sociale ». L’argument avancé c’est le refus de l’impunité de la violence…  A la violence, l’argument phare, de « bon sens »… la violence n’est pas acceptable. Mais de quoi parle-t-on ?

Que la droite et le patronat n’aient eu de cesse d’accuser cette loi d’être une incitation à la violence…Ils savent ce qu’ils veulent : faire passer les grévistes pour des vandales qui s’attaqueraient à l’outil de travail et intimider les salariés pour les dissuader de défendre leurs droits. Pour ce faire ils ont bénéficié des largesses du pouvoir Sarkozyste qui a par l’introduction de dispositions législatives renforcé l’arsenal visant à criminaliser l’action syndicale. A l’époque les solfériniens condamnaient la dangerosité de lois qui criminalisent les mobilisations sociales. Là encore le vocabulaire utilisé a de l’importance : occuper le bureau de la direction et vous vous retrouvez devant la justice pour « séquestration » ; apprendre en direct que l’usine va fermer et de rage balancer un ordinateur et vous aurez « vandalisé un local »… refuser les expérimentations en plein champs de cultures d’OGM parce que la pollinisation va remettre en question le travail de toute une vie comme agriculteur partisan de la biodiversité et vous serez un « terroriste » et stade suprême ne pas accepter le prélèvement ADN parce que c’est indigne de ficher les syndicalistes au pays des droits de l’homme et vous serez jeté en pâture comme un vulgaire « délinquant »…

Quelle meilleure façon de ne pas traiter des conditions de travail, de la souffrance au travail, de la répartition des richesses crées par les salariés au sein de l’entreprise que de porter plainte contre des salariés (surtout s’ils sont syndicalistes) pour des faits déformés ou délits imaginaires. Voilà l’enjeu. Et la loi d’amnistie est un outil (puisque Hollande aime les boites du même nom) qui rend leur dignité à des salariés qui luttent pour défendre l’emploi, leur usine et qui proposent comme les Fralib ou à PSA d’autres solutions que les fermetures de sites jugés par quelques dirigeants pas ou plus rentables, alors qu’ils se battent pour préserver les droits des salariés (retraites, salaires, protection sociale, service public…).  Et dans ce bras de fer où le Medef passe son temps à faire passer les syndicalistes pour des voyous, on ne s’attendait pas à ce que ce gouvernement se range aux pires arguments des adversaires de la démocratie sociale. Car il suffit de prendre quelques exemple pour se rappeler qui sont ces salariés condamnés à subir l’opprobre des bien-pensants….

Tout le monde se souvient du syndicaliste CGT Xavier Mathieu, l’ancien Conti, condamné pour avoir refusé un prélèvement ADN, condamnation devenue définitive après le rejet de son pourvoi en cassation. Il avait pourtant été relaxé en première instance par le tribunal correctionnel de Compiègne mais le parquet avait fait appel puisqu’il s’agit de réprimer durement la délinquance…

Mais tout le monde ne connait pas encore Sébastien Migliore, syndicaliste, élu PCF de la commune de Cendras dans le Gard. Il s’était retrouvé lui aussi devant un tribunal suite aux mobilisations de 2010 contre la contre-réforme des retraites.  Relaxé en première instance, le parquet avait là encore fait appel… car comment ne pas sanctionner quelqu’un soupçonné d’outrage aux forces de l’ordre. Le jugement est tombé il y a peu.  Il vient d’être condamné lourdement par les juges de la cour d’appel de Nîmes : 2 mois de prison avec sursis, 2 000 € d’amende, 100 € pour chacune des douze parties civiles (des policiers) et 5 ans d’inéligibilité… Quel est son crime ? Accusé d’avoir jeté un œuf sur les forces de l’ordre qui aurait blessé 12 policiers d’un coup… Derrière l’absurde, reste qu’on est en train de jouer avec la vie d’un homme à travers ce jugement qui, s’il devenait définitif, ferait jurisprudence.

De plus en plus de salariés sont poursuivis devant la justice comme de vulgaires délinquants. Tandis que leur vie personnelle et professionnelle est brisée, ils s’épuisent, eux et leurs soutiens, dans le labyrinthe judiciaire… le signal du gouvernement face à ces dénis de justice est consternant dans l’affrontement opposant le pot de fer contre le pot de terre, il a choisi son camp, il a choisi d’abandonner les ouvriers qui défendent leurs salaires et qui sont condamnés à la mort sociale ! De même, il s’est trouvé des élus du parti du Président pour déclarer, à propos de l’intervention, au dernier conseil national du PS, de salariés de PSA : «Nous avons été choqués par l’intervention musclée de militants d’extrême gauche qui n’ont cessé de refuser tout compromis et tout dialogue social dans leur entreprise. Et nous avons été stupéfaits de voir leurs propos véhéments, déraisonnables et de mauvaise foi. » Ces mots auraient pu être prononcés par la droite ou le Medef, mais non ils sont tirés d’une déclaration de responsables du PS qui parlent ainsi lorsqu’ils s’adressent à des salariés en lutte. Pour eux la violence patronale qui supprime une production juste pour augmenter les dividendes des actionnaires n’existe pas puisqu’elle s’organise comme le disait Jaurès en réponse à Clemenceau en silence…. Voilà ce qu’il disait à propos de la violence condamnée par le ministre de l’époque (nous sommes en 1906) :

Jaurès. Oui, monsieur le ministre ; la violence, c’est chose grossière…

Clemenceau. Cependant elle ne vous frappe pas !

Jaurès. …palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste  de menace, il est vu, il est noté. Un acte de brutalité, il  est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connue des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. (…)

Alors oui, comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de France 2 : « la violence au travail ce n’est pas celle-ci, c’est 564 personnes par an qui perdent la vie au travail, 100 000 personnes qui arrivent chaque mois en fin de droit, c’est 300 000 personnes sans toit, c’est 1,2 million travailleurs pauvres… »

Et puis il y a celles et ceux qui face à cette violence vont jusqu’à se suicider, mais là pas question de critiquer le système puisque comme disait quelqu’un « Ce n’est pas l’entreprise qui pousse au suicide ce sont les conditions de travail »… Ces dernières semaines pourtant c’est bien la pression, le chantage contre le droit de se défendre, contre le droit de grève qui est au centre de drames humains… dont celui de cet ouvrier de chez Renault. Il s’est suicidé sur son lieu de travail en laissant deux lettres dans lesquelles il dénonce cette violence quotidienne qui ne dit pas son nom : «Merci Renault. Merci pour ces années de pression, chantage (au service de) nuit. Où le droit de grève n’existe pas. Ne pas protester sinon gare. La peur, l’incertitude de l’avenir sont de bonne guerre, paraît-il ? Tu expliqueras ça à mes filles, Carlos», ces mots visent directement Carlos Ghosn, le PDG qui sait à quoi servent ces pressions, lui qui s’est accordé une « petite » augmentation de salaire (de 8 à 11 millions d’€ comme s’il avait besoin d’encore plus, de toujours plus) pendant qu’ils exigent des ouvriers que leurs salaires soient gelés, qu’ils renoncent à leur RTT pour « sauver l’emploi ». Ce salarié, présenté comme un «excellent ouvrier», «non syndiqué», «faisait l’objet de pressions de la direction depuis qu’il avait pris activement part aux grèves contre le projet d’accord compétitivité/emploi cet hiver», selon le responsable syndical de la CGT… La direction l’avait notamment menacé de le faire redescendre en équipe (de jour), avec une perte financière de l’ordre de 700 € de moins par mois…

Début mars c’était un salarié de la Poste, d’une quarantaine d’années, qui a tenté de se suicider, en laissant une lettre, intitulée « La Poste m’a tué », où il expliquait : « Mon geste n’est dû qu’à ma situation professionnelle » (…) et de dénoncer « c’est la seule réponse qui me reste à l’absence de dialogue que je subis depuis si longtemps ». Quand il n’y a pas de lettre, tout geste désespéré est renvoyé à la sphère privée. Cela évite de remettre en cause l’environnement professionnel, la peur du déclassement, la peur comme moteur de la productivité où la flexibilité devient la norme, où l’insécurité va de pair avec la précarité dans le secteur privé comme dans le public. Bref en pointant la « violence » de certains -enfin toujours les mêmes-, en l’exagérant pour mieux la dénoncer, tout est fait pour donner à voir que la lutte est dangereuse, que les salarié-e-s doivent se soumettre !

Alors oui aujourd’hui en participant à la manifestation à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la FSU… je soutiens le syndicalisme de lutte, celui qui n’accepte pas l’accueil fait aux salariés d’Arcelor-Mittal à Strabourg qui à peine sortis des cars étaient fouillés, molestés, celui qui refuse de faire passer la « classe laborieuse pour une classe dangereuse » ; qui refuse le mise en concurrence des salariés entre eux, ici accusés d’être trop payés et protégés quand au Bangladesh, l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers de confection de marques européennes a fait plus de 400 morts ! Accident le plus meurtrier dans l’histoire industrielle du pays… Victimes de répression syndicale et victimes de l’absence de droit du travail, ensemble contre la cupidité de ces patrons d’industrie qui ont fait « pleurer dans les chaumières » quand ils se sont fait passer pour des pigeons… qu’on en oublie cette violence aveugle imposée. Car comme le disait Jaurès toujours en 1906, au cours ce même débat à la chambre qui l’opposait à Clemenceau : « Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. (…) » Ce jour mais aussi dimanche 5 mai j’irai dans la rue rappeler aux parlementaires qu’ils ont un devoir de désobéissance.. Qu’ils doivent voter cette loi d’amnistie… qu’il est temps de cesser de céder aux caprices d’un président.. Ce serait un premier pas pour faire céder le verrou institutionnel d’une République à bout de souffle !

Car il est temps d’en finir avec cette 5e République et les relations douteuses qu’elle entretient entre la politique et le monde de l’argent… en finir avec une politique qui impose l’austérité comme seul horizon possible et où un monarque peut mépriser la gauche et les droits du parlement dans la pire tradition des pratiques autoritaires en exigeant de son propre gouvernement qu’il se déjuge après avoir au Sénat donné son accord pour l’adoption de la proposition de loi des sénateurs du Front de Gauche. Dimanche 5 mai, place de la Bastille, soyons nombreux pour que vive la 6e République…

Vivement dimanche !

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avr 13 25

Syndicat de la Magistrature
Mur du con et coup de balai

Depuis quelques heures, l’UMP tire à boulets rouges contre le syndicat de la Magistrature accusé de manquer d’indépendance. Des images filmées (en caméra cachée) dans le local syndical du Syndicat de la magistrature montrant plusieurs dizaines de photos de personnalités regroupées sous le titre «mur des cons» provoquaient mercredi indignation et condamnations de la part des responsables de la droite qui s’insurgent contre cette « liste noire ». Ainsi Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP chargé de la Sécurité craignait «  la mise en place d’une justice politique »… et d’ajouter dans un communiqué « Ce pilori judiciaire pourrait faire sourire s’il n’était pas organisé par des magistrats ayant prêté serment, qui mettent en examen, jugent et condamnent ».

C’est vrai qu’à l’UMP on est très attaché à l’indépendance de la justice, surtout quand on se rappelle que l’ex-procureur de Nanterre Philippe Courroye et l’ex président Nicolas Sarkozy se sont rencontrés au moins huit fois à des dates proches de moments-clés de l’affaire Bettencourt. A l’époque où ces faits étaient révélés par les journaux, l’UMP avait, la main sur le coeur, défendu le magistrat. Pas question pour l’UMP de critiquer l’indépendance de la justice alors que les soupçons portaient sur le fait que le président de la République de l’époque ait pu demander au procureur de Nanterre d’étouffer une affaire qui menaçait d’être embarrassante pour lui et pour son parti.

Dans la longue liste de ces indignés de circonstance, on trouve évidemment le Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian qui sur Twitter écrit : « l’indépendance de certains magistrats est si grande qu’elle l’est à l’égard de la loi et de leur statut« …   Est ce que cette affirmation vaut pour l’ancien procureur de Nanterre Courroye soupçonné par certains d’entrave à la justice suite à ces nombreuses rencontres (8 en quelques mois) alors qu’il affirmait «  Je connais Nicolas Sarkozy depuis une douzaine d’années (…) Je le vois depuis une à trois fois par an pour évoquer des sujets généraux et institutionnels. Ce sont des rencontres privées. »

Le Président du département des Hauts-de-Seine sait lui ce qui est se joue au moment où sort un ouvrage (la République bananière des Hauts de Seine) écrit par deux anciens fonctionnaires de la police judiciaire (jean-Paul Philippe) et des impôts (Noël Pons) qui comme l’annonce Médiapart « dissèquent de manière inédite ce département pas comme les autres. Pour cause : le plus riche de France, il est aussi, peut-être, le plus corrompu ?«  Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret, Puteaux, Asnières du temps où l’UMP détenait les manettes de la ville, le livre décrit un « tentaculaire système de « prédation » mis en place avec la complicité des pouvoirs publics locaux. » L’ouvrage identifie la méthode et les outils « mis en place pour détourner la loi et se servir des collectivités comme d’une gigantesque vache à lait »..

Les responsables de l’UMP tentent-ils de décrédibiliser la justice pour mieux relativiser les affaires dans lesquelles le nom de l’ancien président apparaît plus ou moins directement ? Nicolas Sarkozy est cité dans 5 affaires judiciaires dont plusieurs pourraient faire de nouveau l’actualité dans les semaines à venir… notamment l‘affaire Karachi sur le financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur de 1995, à l’époque où Sarkozy était ministre du budget (décidément c’est un poste clé !).  le « Mur du con » serait-il le nom de code de l’opération enfumage pour faire croire qu’il n’y a d’autre issue à la crise économique, écologique, sociale et institutionnelle que dans l’UMP, seule en mesure de remettre de l’ordre au moment où en haut ça ne peut plus et en bas ça ne veut plus ? Surtout que pendant ce temps là on ne parle plus de la connivence entre le monde de l’argent et la politique… une actualité en chassant une autre, tout est bon pour nous tenter de nous faire oublier qu’il s’agit de sauver les intérêts de la finance !

Aurions-nous uniquement le choix entre nous résigner à subir les politiques d’austérité sans fin ou nous laisser enfumer pour que le système perdure ? Certainement pas ! L’affaire du pseudo « mur du con » est à la fois secondaire et principal, elle montre les tentatives désespérées d’une oligarchie, qui voudrait qu’on détourne le regard des choses importantes, mais qui nous donne l’occasion de rappeler qui fait pression et pourquoi sur la justice notamment ? Et nous donne ainsi l’occasion d’élargir nos revendications… le 5 mai prochain de la Bastille à la Nation nous montrerons qu’il y a bien une autre politique possible, et que dans la VIe République, la justice sera la même pour tous ! Et concernant les affaires des « cols blancs »… Comme disait l’ex président « Vous en avez marre de ces voyous, on va vous en débarrassez… » avec un coup de balai comme moindre mal.  C’est nettement moins violent que le karcher :-)

Communiqué de Parti de Gauche :

« Depuis la publication sur le site de droite « Atlantico.fr » d’une pseudo « liste noire » du Syndicat de la magistrature, les attaques venant de l’UMP et ses affidés se succèdent contre celui-ci. En fait de liste noire, il s’agit d’un pan de mur rebaptisé « mur des cons » situé dans le local même du SM, où des photos de personnalités pour la plupart baron-ne-s de la Sarkozie (mais on y trouve aussi un certain Manuel Valls) sont affichées. Par une méthode déloyale (le filmage en caméra cachée d’un local syndical, donc privé), les auteurs de ce buzz s’en prennent surtout à une organisation de magistrat-e-s n’ayant jamais fait mystère de son orientation à Gauche. La ficelle est un peu grosse: feindre de découvrir que Brice Hortefeux, Claude Guéant, Nadine Morano ou Eric Besson représentent ce que le SM combat pour mieux s’en prendre à la « politisation » de ses membres et au syndicalisme original de transformation radicale de l’institution qu’il incarne. Faut-il que l’UMP craigne la justice pour s’en prendre ainsi à la deuxième organisation de magistrats en terme de représentativité (40% des voix en 2010)! En ce jour triste pour le syndicalisme où une majorité parlementaire se réclamant de la Gauche a retoqué la loi d’amnistie sociale, le Parti de Gauche réaffirme son soutien à la liberté d’expression syndicale, y compris par la satire, qui plus est dans un cadre privé. L’institution judiciaire a besoin du Syndicat de la magistrature, le Parti de Gauche ne tolérera aucune attaque contre le syndicalisme judiciaire qu’il représente avec force et sérieux ! »

 

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avr 13 05

Tous les éléments de la crise de régime sont réunis…
Vive la 6e République

Tous les éléments de la crise de régime sont réunis…

Crise de crédibilité d’abord ! Elle touche jusqu’au Président qui apparaît comme un monarque impuissant. Lui qui n’a su ni prévenir ni régler la crise créée par l’onde de choc de la mise en examen de son ministre du budget pour fraude fiscale.

Confondu par ses mensonges répétés, Cahuzac allie, en définitive, l’avarice de l’Oncle Picsou au brigandage des frères Dalton ! Insupportable pour qui se rappelle les sermons d’austérité rabâchés par ce ministre qui vantait les mérites de la rigueur ordinairement associée à la vertu.

Exaspérant aussi ! Parce que cette équipe a été installée grâce à une formidable mobilisation sociale et civique organisée pour dégager Sarkozy, le prince consort de l’oligarchie de 2007 à 2013. Dès le soir de sa victoire, assumant sa frivolité, Sarkozy faisait la fête avec la caste de la finance au Fouquet’s, assumant le mélange des genres et les conflits d’intérêts. Le nombre d’affaires en cours d’instruction en est un clair révélateur… De Mme Bettencourt mère (détentrice d’au moins un compte à l’étranger…) à l’affaire Karachi… en passant par le financement de sa campagne électorale par le régime de Kadhafi… Sarkozy avait affiché sans ambages son goût pour l’argent et le bling-bling…

Naïvement, les plus candides pensaient s’être débarrassés, en mai dernier, des tricheurs et des escrocs. L’affaire Cahuzac porte de ce fait un tort particulier au candidat de la « République irréprochable »… mais aussi à ceux qui trop attachés qu’ils sont à conserver leur privilèges en échange de leur fidélité à un système entretiennent le mélange des genres dans lequel un petit nombre de personnages se partagent les pouvoirs financiers, politiques et médiatiques et décident entre eux des « remèdes à faire avaler au peuple ». Le fait que la presse révèle ce jour la volonté de Cahuzac de vouloir revenir siéger à l’Assemblée nationale sonne comme l’annonce de trop…

Ce sont ses liens, ses fréquentations d’un entre soi qui exaspèrent. Surtout qu’une fois disséqués toutes les ramifications on voit que le Front National est jusqu’au cou partie prenante de ce monde où chacun se couvre… On sait maintenant que c’est un avocat fiscaliste proche de Marine Le Pen qui a permis l’ouverture du compte en Suisse de M. Cahuzac. La donneuse de leçons est démasquée !

Les fiscalistes qui font profession d’organiser la désertion fiscale sont au service de ceux qui prétextent des déficits publics pour sacrifier nos retraites, les allocations sociales et les emplois publics. C’est  ce système qui fait que chaque année, 60 à 80 milliards d’€ échappent à l’impôt qu’il est en train d’être démasqué. Qui alimentent ces comptes offshore ? Dans le cas du compte de M. Cahuzac… Les labos pharmaceutiques qui bénéficient de très important financements publics via la sécurité sociale ou le crédit d’impôt ont-ils cherché à influencer quelques décideurs ? Nous attendrons que l’enquête suive son chemin…

Tout cela qui entretient la défiance. Surtout que ceux qui tirent les ficelles, dans leur précipitation à vouloir imposer leur diktat monétaire en Europe, ont contribué à effriter eux-mêmes la légitimité de ces serviteurs zélés du capitalisme financiarisé en montrant qu’ils n’avaient même plus besoin d’eux, comme lorsque le patron de la BCE a décidé tout seul (sans l’habillage d’une décision « politique ») d’annoncer et d’organiser le blocus monétaire de l’île chypriote !

Face à la profondeur de la crise, le président comme son premier ministre se crispent pour « maintenir le cap de leur politique ». Résultat, ce qui a pu être présenté comme de  l’incohérence entre le candidat Hollande affirmant que la finance était son ennemi, pour une fois élu, choisir de confier le ministère du budget à l’homme qui doit rendre des comptes au Fisc et à la justice, apparaît clairement comme « une feuille de route » dont le premier acte fut la signature, sans en changer une virgule, du traité européen rédigé par Merkel et Sarkozy. Ce fut le signal que ce gouvernement renonçait à engager des réformes pour une réelle redistribution des richesses.

Pas étonnant alors qu’aucune mesure n’est soit venue remettre en cause les conflits d’intérêts, qu’aucun plan de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale n’ait vu le jour, que la taxe à 75% cafouille, que la réforme bancaire élaboré par Bercy main dans la main avec les patrons de banque soit soutenue par une droite parlementaire ravie que rien n’entrave le pouvoir des banques à se livrer à leur activité spéculative. Surtout quand on sait que le maître d’œuvre de ce projet, le patron du Trésor fut nommé en février 2009 par Nicolas Sarkozy ! In fine tout cela révèle que quelque soit l’alternance politique les arbitrages ne peuvent aller que dans le même sens puisque tout se décide en catimini, avec un personnel qui reste finalement le même.

Pas étonnant non plus que la mesure phare de la fin du cumul des mandats ait été enterrée et que la proportionnelle ait disparue des tablettes de nos réformateurs en peau de lapin… que le projet de décentralisation (retiré pour le moment) ne cherche qu’à renforcer une bipolarisation qui permet l’alternance électorale mais rend impossible toute alternative politique. Les institutions de la cinquième République ne permettent plus l’expression démocratique de la volonté populaire.

Aujourd’hui les institutions de la cinquième République ne permettent plus l’expression démocratique de la volonté populaire. Sortir par le haut impose du courage, celui de se mobiliser pour une 6e République rétablissant la souveraineté populaire. Refonder nos institutions, mettre fin aux privilèges de l’oligarchie, retirer le pouvoir au secteur bancaire parasitaire, organiser la transition écologique, voilà certains des défis à relever. C’est la convocation d’une Assemblée constituante, mot d’ordre de notre campagne présidentielle, qu’il faut inscrire à l’ordre du jour de l’agenda citoyen.  Il est venu le temps des œillets… Le 5 mai prochain j’irai manifester pour le changement de régime !

 

 

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